Pour un Partenariat Equilibré Entre Donneurs, Pouvoir Public et Société Civile

« La crise syrienne n’est plus une crise humanitaire mais une crise de développement. »
C’est par ce constat que la coordinatrice du programme de développement de la Banque mondiale, Haneen al-Sayyed, commence son analyse de la situation des réfugiés syriens, devant des journalistes et des membres d’ONG réunis jeudi matin au centre Carnegie de Beyrouth. À la suite de Maha Shuayb, représentante du Centre des études libanaises (CLS), les intervenants de la première table ronde – consacrée à la coordination des parties prenantes dans la résolution de la crise des réfugiés – dressent un tableau préoccupant de la situation.
« Tandis que le rôle des pouvoirs publics a augmenté, l’importance des partenariats avec les ONG et le secteur privé s’est amoindrie », soutient Mme Shuayb, qui connaît bien le sujet puisqu’elle est co-auteure d’un rapport du CLS sur le rôle des ONG et du secteur privé dans l’accès à l’éducation des réfugiés syriens. Au début de la crise, ce sont les Organisations non gouvernementales qui ont réagi le plus rapidement à l’afflux de réfugiés, parce que les pouvoirs publics étaient totalement impréparés. Comme le précise Mme Sayyed, « le Liban est un pays où les ONG sont très développées et où les institutions de l’État sont faibles ». Mais à présent, poursuit la représentante du CLS, « le secteur privé a l’impression que son rôle est négligé ».
Avec 400 000 enfants en âge d’être scolarisés, les réfugiés ont plus que jamais besoin que les pouvoirs publics travaillent en tandem avec les associations, lesquelles ont souvent une connaissance plus pointue des besoins des populations grâce à la présence de leurs volontaires. Et de mentionner que « le coût de l’éducation dans le secteur privé subventionné est parfois moins important pour la collectivité que celui de la scolarisation dans le secteur public ».
Autre problème apparu sur le long terme entre les différents acteurs : les donneurs ont l’impression de ne dialoguer qu’avec l’État et de ne pas savoir où vont leurs fonds. La coordinatrice de la Banque mondiale évoque la nécessité d’aboutir à un partenariat équilibré entre « donneurs, pouvoirs publics et société civile ».
La marginalisation du secteur privé est déplorée par tous les intervenants de la table ronde. Kamel Kosbar, président de l’Union de secours syrienne de Saïda, souligne que son organisation d’hébergement d’urgence des réfugiés travaille en lien étroit avec les municipalités. « Nous savons mieux que quiconque quel est le nombre exact de réfugiés, quels sont leurs besoins… » plaide-t-il avant de souligner que les municipalités n’ont pas les moyens d’être aussi bien renseignées.
Mazen Ezzi, journaliste d’al-Modon, ajoute que, malgré son accaparement dans la gestion de la crise, l’État ne semble pas se préoccuper de la crise sanitaire qui touche aussi les réfugiés. Ainsi, selon lui, les médecins syriens ne sont-ils pas encouragés à poursuivre leur activité au Liban et ne peuvent pas s’y enregistrer.
D’ailleurs, selon les réglementations libanaises, les Syriens ne sont pas autorisés à travailler dans les ONG… Un premier manquement à corriger pour une résolution de la crise en collaboration avec ceux qui la subissent le plus ?